Piotr Alexeïevitch, dit Pierre, Kropotkine est né à Moscou en 1842 dans l'une des plus vieilles familles de l'aristocratie russe.
Eduqué par plusieurs précepteurs avant d'être envoyé à l'école des Pages de Saint-Pétersbourg, il est adolescent quand il commence à s'intéresser à la population de l'immense cité et en
particulier au sort des pauvres et des réprouvés.
Il en sort sergent, place qui laisse présager son ascension rapide et sûre au sein de la cour. Vivant donc au côté d'Alexandre II, il se fait ainsi une idée précise de ce qui se passe dans son
entourage. Cela le dégoûte à jamais de la vie de courtisan.
Ses études terminées, Pierre Kropotkine devient officier et choisit de servir en Sibérie dans un régiment de Cosaques. Pendant cinq années, il parcourt d'immenses territoires.
Sa sympathie pour l´insurrection polonaise de 1863 l´amène à démissionner de l´armée.
Il se consacre alors à des expéditions scientifiques et des études à l'université de Saint-Petersbourg où il brille en sciences physiques, mathématiques, et se spécialise en géographie.
Au cours d'un voyage d'études en Suisse, en 1872, il s'intéresse à l'A.I.T. (Association internationale des travailleurs). Invité par les Horlogers de la Fédération Jurassienne, organisme
anarchiste dissident, il s'enthousiasme pour leur cause et assiste au Congrès international anarchiste de Saint-Imier organisé par Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, grand philosophe anarchiste
de l'époque, et les Horlogers à la suite de leur exclusion de l'A.I.T. Pierre Kropotkine y entre en curieux, il en sort anarchiste...
De retour en Russie, il se mêle aux quartiers populaires dans son plus simple habit, sous le nom de Borodine, y entreprenant une intense propagande, secourant les pauvres et les réprouvés,
instruisant les travailleurs et les paysans, distribuant livres et tracts dans les rues, allant de maison en maison...
Son but : préparer la révolution.
Repéré et recherché par la police comme agitateur et terroriste, il réussit à échapper à tous les traquenards, ne logeant jamais deux nuits consécutives sous le même toit et effaçant toutes
traces de son passage. Après deux ans de cette existence clandestine, dénoncé, il est arrêté pour propagande subversive et incarcéré dans les cachots de la sinistre forteresse Pierre et Paul.
Soumis à un régime de plus en plus pénible, subissant des traitements dégradants et des privations destinées à le briser, sa santé s'altère mais il résiste et finalement, avec la complicité
d'amis dévoués, il réussit à s'évader.
Muni de faux papiers, il s'embarque pour l'Angleterre, puis gagne la Suisse et s'installe dans le Jura où la pensée libertaire est intense. Alimenté par des rencontres avec d'autres figures
anarchistes, il s'investit de plus belle. Multipliant ses activités et se rendant un peu partout (Belgique, France, Espagne...) pour diffuser les idées anarchistes, il est reconnu comme
théoricien de l'anarchie et devient dès lors un porte-parole informel du mouvement.
Un propagandiste infatigable
En 1877, il fonde avec Paul Brousse " l'Avant-garde ", un journal propagandiste international. Deux ans plus tard, il édite un journal pour la Fédération Jurassienne. C'est ainsi que naît " Le
Révolté " qui prendra en 1887 le nom de " La Révolte " et, pour finir, s'intitulera " les Temps nouveaux " en 1895.
Une évolution parallèle à la celle de son raisonnement : Pendant une période, partisan de la « propagande par le fait », il écrit dans Le Révolté, en 1880, que « La révolte
permanente par la parole, par l´écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite [...], tout est bon pour nous ». Dix ans plus tard, il révise sa copie : « Un édifice basé sur des siècles
d´histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d´explosifs », mettant désormais son énergie à faire pénétrer dans les esprits ses idées.
Un tournant qu'il prend après son expulsion de Suisse suite à l'assassinat d'Alexandre II l'ayant conduit en France où il participe, en 1882, à la grève insurrectionnelle de Lyon. Le mouvement
dégénèrant en affrontements sanglants, Pierre Kropotkine est accusé d'être le chef des poseurs de bombes, arrêté, jugé promptement, condamné lourdement et enfermé dans la prison de Clervaux. De
nombreuses personnalités intervenant en sa faveur, il est amnistié quatre ans plus tard.
A sa sortie, il ne peut rester en France et repart pour Londres où il demeurera trente ans avec sa compagne Sophie Ananief. Il poursuit ses écrits scientifiques dont il vit mais multiplie aussi
l'écriture d'articles, brochures, textes et ouvrages, ainsi que la tenue de réunions dans les bistrots et de meetings de plus grande envergure autour de son concept de l'anarchie. Lequel met
l´accent sur l´instinct de sociabilité et de solidarité de l´homme et se fonde sur la base de libres associations.
En mai 1917, il prend la décision de retourner en Russie où il est chaleureusement accueilli. Il refuse, outré, le ministère que lui propose Alexandre Kerenski, alors chef du gouvernement
provisoire après l’abdication du dernier Tsar, et quand Lénine, premier des héritiers de Marx à mener une révolution à la victoire, est maître de la situation, Pierre Kropotkine réitère son refus
de participer à toute forme de gouvernement.
Il ne cesse d'appeler le peuple à « détruire l'Etat et bâtir la Société anarchiste dans la liberté, l'égalité et la justice ».
Alors qu´il tente de regrouper et d´organiser les forces anarchistes, il meurt en 1921. Ses obsèques réunissant un million de personnes donnent lieu à la dernière manifestation anarchiste en
Russie Soviétique...
Sources : cosmovisions.com ;
kropot.free.fr ; marxists.org ;
anarkhia.org ; dissidence.be ;
increvablesanarchistes.org
Source image : anarlivres.fr
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